Eric Roux Fontaine

 « Peindre, c’est accepter de descendre un fleuve sans savoir où il va nous mener «  

 

À l’instar des peintres arpenteurs du XIXe siècle ayant effectué le Great-tour,  les différents séjours en Inde et en Amériques Centrale d' Eric Roux Fontaine forment le substratum de sa peinture, ( c’est à dire le support pour atteindre autre chose ) Il y a un mouvement de balancier entre le travail effectue dans la solitude de l'atelier et le besoin de "confronter" sa peinture au monde, comme pour en éprouver sa résistance, c'est cela et bien d'autres choses encore qu'il cherche isolé dans sa cabane au cœur des jungles d'Amérique Centrale. "Du mondes entier, au cœur du monde" aurait écrit Blaise Cendrars. Allés et retours, systole et diastole, comme une pulsion vitale qui le pousse à chaque étape à emmener sa peinture sur de nouveaux territoires.

 

De ses échanges avec des shamans Borucas ( communauté indigènes du Costa Rica) ou bien des Drabarnis (Guérisseuses Tsiganes) Eric a ramené une vision particulière sur l’espace et le temps -éprouvés ou rêvés. Il s’agit pour Eric de « tamiser le monde ». Cela se traduit sur la toile , par une succession de fine couche de peintures qui se superposent, la matière brute est ainsi distillée, Surfaces sur support, les différents glacis recouvrent ou dévoilent à loisir des morceaux de songe jusqu'à émettre cette vibrations recherchée, la toile se fait alors palimpseste de son territoire intérieur, de sa géographie intime .La tension narrative allie ainsi efficacement le geste à l’image : celui d’un artiste immergé dans son œuvre, interrogeant la fragile place de l'homme au cœur de la nature.

Devant la profondeur des paysages d’Éric Roux-Fontaine, le spectateur plonge dans un univers qui n’appartient qu’à la peinture.

 

Ces glissements successifs vers un univers onirique rapproche la peinture d'Éric de ce qu'on a appelle "le réalisme magique", qui imprègnent la littérature d'Amériques Centrales et d'Europe de l'Est. 

Il fut un temps où les éléments du vivant distillaient l’amour ; un temps où le nomade et le rêveur étaient en empathie. Leurs âmes paresseuses savaient encore méditer et contempler. De là, le silence embrassait le sopor comme une vague immense : un lé de soie imaginaire aujourd’hui suspendu aux lèvres d’un artiste que jamais les mots ne trahissent.

 

Damien Chantrenne, directeur et conservateur du musée d’Art et d’Histoire de Dreux.France.